à propos
Dès la maternelle, j'avais la tête dans les nuages. Je n'arrivais pas à lacer mes chaussures et je ne comprenais pas pourquoi il fallait apprendre par cœur l'ordre des jours de la semaine. En revanche, je remplissais des dizaines de pages de petits bonhommes et j'apprenais par cœur, mot pour mot, les poèmes lus en classe, pour les recopier soigneusement chez moi dans un petit cahier.
Deux ans plus tard, après mon diplôme de dactylographie, j'ai publié mon tout premier livre : *Les petits lapins de Pâques*. Ma maman l'avait fait relier avec une couverture orange. Tout comme les livres de notre bibliothèque familiale, le nom de l'auteur, de l'illustrateur et de l'éditeur figurait fièrement sur la couverture.
À dix-sept ans, je suis parti à Saint-Pétersbourg pour apprendre le russe, autant attiré par l'aventure que par le mystérieux alphabet cyrillique. Au cours d'une promenade, je me suis retrouvé par hasard devant la maison d'Alexandre Pouchkine. Fascinée, je me suis lancée dans la création d’une bande dessinée biographique racontant comment le grand poète avait provoqué un officier français en duel et avait finalement succombé à ses blessures. Tout ça par amour. Certaines filles tombent amoureuses de rock stars, d’autres de poètes disparus… Eh bien, chacun ses goûts.
Étudier le russe et l'allemand à Anvers, la ville de mon salon du livre préféré, m'a semblé être un choix tout naturel. Pendant les cours, je dessinais des caricatures de mes professeurs dans les marges de mes cahiers. Et comme tout est plus amusant avec un peu d'imagination, j'écrivais des histoires en russe que je publiais ensuite en ligne, afin que des locuteurs natifs puissent les corriger.
Après un semestre à Moscou et plusieurs années d'études, je suis partie à Paris, où j'ai été admise au CESAN, une école d'illustration et de bande dessinée. Au cours de ma dernière année, une amie m'a proposé de réaliser des portraits des invités lors d'un gala. « Ton style est parfait pour ça. » Elle avait raison.
Quelques mois plus tard, j'ai dessiné les invités lors d'une fête, puis lors d'une autre. Au cours de l'un de ces événements, un homme est venu s'asseoir à ma table. « Tu dois absolument venir dessiner à notre mariage. Le 25 juillet 2025. » Le grand jour venu, j’étais installée avec ma petite table dans un coin de la salle. Au fur et à mesure que la soirée avançait, une file d’attente s’est formée devant ma table. Tout le monde voulait repartir avec son propre portrait. Les trois mariages se sont rapidement transformés en vingt-trois.
Aujourd'hui encore, je raconte les histoires des autres, une illustration à la fois. Toujours la tête dans les nuages.